les cordes brisées

les lendemains aux mains vides

à l’écho des cœurs en caverne comme des guitares aux cordes brisées

les attaques en dents de scie, le sourire jauni de la longue saison de solitude

hier en son dur solstice

moi proie en fuite fatale comme un noyé d’orgueil

le dos craqué de mensonges.les tiens.le mien.

les arrivées comme des départs de vie irréversible

et nous la cigarette oubliée au lit après l’amour

dérapaillage, dérapage en coup de dé.

départ.

départ vers ma vie pourriture au passé.

l’irrésolution originelle à la dérive des continents.

perdu. égaré sans taxi. quête en surplace comme une putain au coin d’une rue.

je cherche encore ma trace mais ne perce la neige que fraîche carcasse dévorée par les loups.

et la peur sur ton visage. la peur la nuit. la peur dehors. la peur qui me réclame en ses bras.

j’atroce dans nos souvenirs d’Âge d’Or, nous qui avons forgé l’enchantement du monde

dans ceux de ton corps en dunes, de tes baisers comme des rivières, de tes mains qui ferment les yeux

maintenant, ici, sur le sentier troué de ma galère

buvant le goût salé des larmes abandonnées aux rigoles de tes joues.

je n’ai plus la permission du beau.

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matin froid

l'absence du matin — j'ai froid
la solitude d'un café tiède
d'un hiver métallique
les avis de recherche pour ton dos-parchemin
implorer le temps pour ton été sous la couverture
et nous rendre à l'amour.
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un dimanche après la fièvre

soleilles attaques de termites sous le lit qui bouillait de fièvre
cette semaine sainte, le coq de malheur a chanté trop de fois et Judas s’est rependu
il a fait au sol de ma tête sale orage
tombé du sel sur mes joues creusées de nouvelle solitude
mes joues champs de bataille
mais des rigoles comme des sirènes m’appelaient sous tes yeux
tes bras se tendaient encore dans les averses d’avenir
et nos corps en linceuls déchirés ont rouvert les tombeaux
assistant côte-à-côte au retour du soleil
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Le suicide de la femme obèse

LithiumLi2CO3 couleur peau

avalé avalé avalé pour le cerveau-convulsions

avalé avalé avalé pour le cœur-asystolie

nouveau bonbon sans sucre bonbon-sel d’éternité pour la grosse femme

couleur peau au fond de la voiture

Li2CO3-pieu

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La bouteille

La bouteille

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Lupus

Lupus

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la méharée

douleur

au temps de la traversée

sous les soleils près des puits débordants d’eau

.

.

maintenant égaré la nuit sans étoiles

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opaque

Labyrinthe

j’ai marché dans ma poitrine ensommeillée sur un caillou

et mon cœur s’est rebarbelé à double tour

Kafka dans une Église

les pensées en Ménière

sortie l’âme dégoûtante

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les mots-cardamone

les yeux remplis de cendre quand les photos se figent
esquisses à une main seule
tes seins écloraient en soleil-Picasso
moi j’erre gris sans arbre comme on entre dans un frigidaire
chasse au bonheur avec les Indiens
octobre montre son aube Montréal encore sans moi
je voudrais ces épices sur ta langue
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un dessin

dessin

je m'enclume à coups de thé
seul par-dessus bord de mon île
des jadis en perles de plastique au loin dans le lit
des perles de plastique encore en rond dans ma chair du matin
les loin cheveux rage
tes mots mangent-temps ton arbre enceint
les pommes mûries les serpents trompés
la mort n'est pas née
la mort sans cordon ombilical
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disparition

la nuit quand je ne dors pas
la nuit quand le chat s’ajoute aux fantômes
les bruits des ongles dans ma tête emmurée
mes calendriers de jours et de nuits de jours et de vies
des vies mortes-vivantes
la nuit quand même le temps joue au mort
quand je ne dors pas la tête en automne
la nuit sans feuilles quand les bruits n’ont plus de couleurs
quand les bruits sont tout ce qui reste
les craquements silencieux des murs de ma tête
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sensorium

le bouchon central de l'Univers
 le vent que produit l'accordéon
 la chandelle vacille par la musique
les esprits-stroboscopes de la pièce
l'ombre de la lampe
l'aura-luciole de lumière
le grain fin de photo dans l'espace
mes mains de pollen 
l'amour dans ma tête 
les fleurs qui poussent sur ta poitrine 
toi qui te vois du plafond
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tu es à peine partie et déjà

.

.

.

I must say

you…

.

comment le dire parce que les mots sont petits

faibles

minables

.

comment le dire fuck…

m’écorcher la peau pour que tu y entres

me couler dans le béton pour que tu restes en moi

.

ou encore

.

l’océan dans ma poitrine. pas le feu, non, le feu ça meurt, le feu ça fait mal.

. ["l'océan mer"]

dis, c’est ce matin que je t’ai rencontrée ?

chaque marée t’apporte à moi. nouvelle. ça ne meurt pas. ça ne meurt pas. l’océan s’étend. tu renais chaque matin, va savoir pourquoi. un lien avec la lune, le ciel, la gravité dans les doigts ou la pluie qui fait des torrents quelque part.

.

moi je ne l’ai jamais vécu avant. même si tu ne me crois pas. mais je peux le crier quelque part dans un grand stationnement vide. il y a bien quelqu’un [un itinérant, un perdu, un touriste même] qui passera par là et qui entendra et qui sourira en me traitant de fou. parce que c’est ce que je suis, tu vois. pas malade. juste fou.

.

.

.

et je donnerais tout pour le rester.

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éclaboussements

l'ombre se cristallise à coups de craie sur le tableau noir
la rouille sous la peinture fraîche
l'avenir en vitres dépolies — flou d'absences à venir
pieu dans mon laisser-aller-aimer de vampire de peur de sang figé
les vérités en points d'interrogation
les yeux de ce matin les yeux à venir
deux coeurs en chamade un coeur en noyade
l'ombre obstrue mes fenêtres
l'ombre se cristallise à coups de noir dans mon tableau blanc
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aquarelle

tes yeux se dilueront dans les miens

et nous étalerons nos couleurs sur le canevas de notre réunion

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A. (H1N1)

passage

boum boum ma tête qui explose la peau qui brûle 40 degrés tachycardie pression qui chute délirium volcanique pré-choc muscles en éruption corps tendu gorge nouée sommeil impossible mots en quintes

dans mon sang dans mes poumons

nouveau virus du mois de mai

nouveau virus plus virulent

contamine-moi encore et encore jusque dans mon ADN

je veux sentir à nouveau ta vie injectée en moi

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C.R.A.Z.Y.

Black minds out
Calling to give
Calling to receive
.Later.Later.Later if you want.
Yes I want don’t you see don’t you touch it
Screaming to death in my stomach
.never.
Empty night again
Feeling like an idiot feeling pushed back
I don’t understand I don’t understand
You don’t understand
Maybe it’s just not important
Don’t know what to think don’t know what to say
The love is there
This is crashing my plane
This is cutting me off

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Hors du cortège

l’étau se désserre les prisonniers se sont évadés

se sont changés en clés

porte ouverte double retour

fuite vers le haut l’eau se moque de Newton

l’eau arrose la lune et remplit ses cratères

on abandonne mars et les extraterrestres

on abandonne le fer on abandonne les guerres

les astres sont des bulles qui tournent en carrousel

et on s’y met à cheval et on tourne avec eux

et on tue saturne et le temps qui nous tue

on tombera sans ailes et sans ces idiots platonismes

on tombera comme Icare mais dans une nuée d’apesanteur

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Ressac

je me suis attaché solidement au soleil
quand c’est la nuit le câble qui s’étire m’étrangle la gorge
je me suis ancré fortement à la mer
quand la marée baisse le câble qui s’éloigne m’entraîne à l’eau
si je tire trop brusquement sur le lien
il va céder et moi tomber à la renverse
me fracasser le crâne

ne pense plus au cordage il deviendra rayon ou vague
la nuit regarde la lune elle reflète le soleil
et lorsque la mer recule écoute le bruit de l’eau mise en veilleuse
découvre comme les sternes les algues et les coquilles sur la plage

tu serais bien fou de te fracasser le crâne

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Égorger son égoïsme

Les attentes mènent inévitablement aux déceptions. Est-il possible de vivre sans attentes ? De vivre sans déceptions ?
Une attente est une pensée égoïste, comme du reste la jalousie.
C’est vouloir que l’autre, que l’on aime pourtant pour elle-même, se modifie pour soi.

Tenez mes attentes par les cheveux, pendant que je les décapite.

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rideau

au moins le lait du brouillard masque l'éclipse
mieux vaut gris, les souris se faufilent partout sans lunettes noires
la distance se dissimule, si proche avec des cataractes
je suis à Montréal dis donc, dis-moi que je suis à Montréal
une fausse borne qui rassure en un sens
une saloperie de borne qui retarde les arrivées...
sept nuits encore le rideau fermé
puis on l'arrache d'accord ?
[de toute façon on ne dormira pas]
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expérimenter l’épilepsie

sous mon crâne-bunker

une mitraillette MG42 recule dans mon système limbique

toi

toi

toi

toi

toi

prends l’ophtalmoscope regarde ma rétine qui se bombe à chaque percussion de ton image

quand ta pensée me marteau-pique les tempes

toi

toi

toi

toi

toi

toi-terre tremblement enfermé volcan sous-marin

tempête de sevrage électrique force foudre feu

toi

toi

toi

toi

toi

je me convulsionne tu m’épileptises

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et je t’enverrai des je t’aime de fumée

toi et moi on réinvente l’harmonie nos corps architectes et Wimbledon dans ma poitrine

regarde la mer, regarde la bouteille, j’y ai mis mon épaule pour que tu y poses ta tête

le ciel est loin mais on voit le même soleil

on enlèvera cet air entre nos doigts

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Remède des dieux

Faisons l’amour, ainsi s’envoleront tous les soucis du monde.

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communion

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toi et moi et nos corps fondants l’amour sans borne d’une main à l’autre avaler nos vies transfuser nos corps encore à corps

parfait accord de nos ondulations désirs sans retenue exploration de nos sens de nos intérieurs peau à dos baisers des âmes

collusion de nos chairs implosions des désirs fission des noyaux

je dérive à toi

.

.

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Dix

I’m not there.
quelques minutes par jour that’s all that reaches me. supplice de la goutte d’eau. and I’m a junkie.
«c’est plus facile pour celui qui part» mais ça dépend où
there’s nobody in my bed nobody in my house no visitors I’m not surrounded
empty mailboxes no pictures no songs
no calls I miss your voice I’d give you hours.
do you feel comme je file ?
you’re not here.

PS : I'm sure that you feel it too (I wish I was so busy) you feel me come with me
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étirement d’élastique

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.

compte-goutte

mer sans bouteille

radio éteinte

téléphone dans le Sahara

horloge grand-père

univers en expansion

.

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Dendrite

un rouleau-compresseur, que j'écrase un peu le temps
une théorie de la relativité, que je raccourcice la distance
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Ce n’est pas un Monarque

La confiance est la chose la plus précieuse et difficile à donner. Sa vulnérabilité étendue sur la table que l’autre peut prendre doucement dans ses mains ou jeter au sol. Quand surgit l’épreuve du loin ou celle beaucoup plus dangereuse de l’intimité, la vulnérabilité se gonfle et cherche un cocon de paumes.

Je me sens chrysalide entre tes doigts.

Après tu verras, comme le papillon jaune qui nous devançait dans le sentier.

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That fucking smile

Feels like an empty bed
I don’t sleep again
I’ve got friends it’s not the same
Here with my fucking me
Let’s accept the facts time is not under my control
I don’t have a red phone I don’t have a red button
Let me move the clock arms
Time is always against us and fuck off
Things have turned around nothing was planned nothing was expected
Now I want dangerously now I want everything now I want too much
I’m gonna fall again pain faces me with a smile
Major car accident heavy trauma waiting ahead
Send the rescue team
please send the rescue time

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———————

donnez-moi un peu de ————————————— pour que je marche dessus

juste pour deux semaines pour un peu d’équilibre

après laissez-moi me laisser foncer dans le raz-de-marée

«chaque chose en son temps» que je dois me clouer dans les tempes

[c'est vrai qu'on le ressent dans les tempes, le temps
quelqu'un a dû le noter avant moi et inventer le mot...]

NOTE :
2h53, 8 juillet 2009
C'est fait
It feels so good now
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the sea will come to space

from a rewinding of a watch to another
al-Qaeda’s threats in Radiohead lyrics
fading Voyager sends no more message
the line is bad no bell heard

I’m in Columbia
look from the window
everything becomes strange
change the gravity
look far away at the sea
have her look at you
have her tide get higher
have her tide get higher
have her tide get higher
stay in space never go back on Earth
Ayrton Senna dreams
you must never go back on Earth

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Brouillé

brouille
le brouillard invité imprévisible
avançons doucement à tâtons maintenant
les yeux fermés pour se fier aux souvenirs
c'est mieux aujourd'hui pour s'approcher
l'avion n'atterrira pas maintenant
le plafond est trop bas
le plafond pèse sur ma tête
le plafond devant mes yeux
.
.
.
.
.
.
.
.
.
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le dernier mal de Pandore

bismillah al-rahman al-rahim…
c’est que j’aimerais y croire
juste pour lui parler dans mes solitudes seules
pour l’implorer quand mon sang tourne mauvais
pour le remercier quand mon cœur est chauffé à blanc
pour le maudire de mes maudits deuils
il y a bien le hasard mais il fait toujours à sa tête…

et puis non.

même en y croyant ça ne changerait rien

sauf l’espoir.

mais l’espoir il m’a déjà écrasé plus que tout le reste
c’est moi qui le piétine maintenant

au diable l’espoir et tous les dieux.

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seul au bord de la route

routele corbeau est venu cette nuit me tenir compagnie
fouiller du bec l’intérieur de mon ventre
«malgré tes messages
je ne t’apporte pas de nouvelle
ni bonne ni mauvaise»
un colporteur de rien
un colporteur de vide
«fais ce que tu veux du vide»
j’y cherche une main tendue à deux mille kilomètres
mais un bec planté dans le foie je ne peux toucher que ma bile noire
je ne vois plus le soleil
je croasse à la place du messager
je m’invente mes nouvelles
oiseau jaloux
je m’arrache les tripes
je bois ma bile
je m’écorche les ailes
si je pouvais me déchiqueter le cerveau et les yeux
pour ne plus voir ces images de bord de route

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un divan deux places

noct

pleine nuit dans le parc aux sons visibles
les couleurs se saturent en halos, se désimbibent
et pénètrent en cheval de Troie le cœur des objets
foncent dans nos lumières
la lune déguisée d’un couteau pleure des larmes de sang
qui tombent dans le soleil, y créent des flammèches
qu’on voit avec des lunettes polarisées
qu’on voit avec des lunettes les yeux en deuil
et le vent résonne en ligne droite entre les branches
et ricoche en gouttelettes sur les feuilles des arbres
cris et murmures cris et murmures cris et murmures
sur les feuilles vertes qui s’étalent en coups de pinceaux sur le canevas de l’air
comme les cinq branches de l’étoile Pentaphallus qui se concentre sur mon genou
et Léon le chat qui voit par nos yeux les canards en rangs d’accordéons
noctambulisme
cadavre ronfleur de cire, momie parfaite
l’amour en scène, acteurs anciens

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pour fermer puis ouvrir

tout ça je l’avais coulé dans le béton et tiré au fond de la mer à l’endroit le plus sale où même les poissons les plus laids n’allaient pas et puis j’ai plongé dedans en apnée pour le récupérer parce que ce n’est pas vivable sans ça [on ne s'ampute pas aussi facilement de un deux trois quatre cinq six sept huit neuf dix onze douze treize quatorze quinze ans de ça parce que ça laisse une douleur fantôme] il faut juste que je trouve le bon endroit pour le mettre c’est ce que je cherche mais je ne trouve pas cet endroit ailleurs que dans ma tête mais ma tête elle veut tout remettre à l’ordre un bel ordre de bien qu’elle ressent se dit-elle comme un narrateur omniscient mais on ne fait pas ça seul un grand ménage sinon ça prend des mois et des années et des vies et j’ai beau avoir les transfuseurs de bien les plus magnifiques les plus amour les plus douceur ou les plus amis il me faut aussi que de l’autre côté de ça les fenêtres soient lavées mais là je n’y peux rien je ne suis pas omnipotent et il reste de l’ombre par ici quand les pensées croisent les nuages qui obstruent ma cornée

il me faut juste un dernier sourire de l’autre côté de la fenêtre pour fermer puis ouvrir

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les mots qui défoncent les yeux

où es-tu

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à temps te

le temps est reparti en train
on annonce des orages le temps est maussade
le temps est reparti en avion
on annonce du brouillard le temps est une enclume
le temps est reparti en métro
on annonce du néant le temps est vide
attends
attends
le temps reviendra, à temps
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you’re like me

depuis ton carnet noir j’avais saisi 

[en même temps que ton regard]

en un sens

c’est pourquoi j’ai fait du hasard ma divinité

[c'était la seule chose en laquelle je croyais d'ailleurs]

parce que toi aussi je sais tu m’as saisi

ici
ici
ici
ici
ici
ici
ici
ici
ici
ici
ici
ici
ici
ici
ici

tu m’as demandé pourquoi je n’écris plus sur mon bras gauche :

parce que tu as transformé la tempête épileptique en brise d’été dans mon cerveau droit

[si j'écrivais sur mon corps gauche, tu peux imaginer ce qu'il y avait dans mon cerveau droit de fucked up]

et mis un baume sur mon cœur gercé-craqué-tas de miettes bouffé par les corbeaux que je m’étais promis de laisser dans une bouteille de formol sur les tablettes d’un vieux laboratoire de cadavres sans noms à disséquer

que je m’étais promis de ne plus exposer ni au feu ni au soleil

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peur

je me suis arraché les mots dans la poitrine
[as-tu senti avec ta main ?]
et la douleur a giclé un peu partout
dans tes yeux dans mes yeux entre tes côtes
dans nos mémoires du passé à vif
[3h21 je ne dors pas]
.
si on pouvait seulement platrer ces fissures
les miennes et les tiennes
il ferait moins peur maintenant
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Mains nues

il y a ça dans la poitrine qui cherche un moyen de s’évader
les barreaux sont trop solides, de l’acier héphaïstossien.
mais il y a le sol
et les mains qui creusent, qui creusent.
mais les mains abimées.
creuse encore, creuse encore, c’est tout proche
il fait froid là-dedans et dehors juste sous les yeux le soleil qui fait du bien.
.
creuse encore, c’est tout proche, tu t’es exposé
.
mais les ongles cassés. et ça fait mal.
ça tremble tellement ça fait mal.
vulnérable. dans le tunnel, ça va s’effondrer ?
creuse encore, même l’eau sous les yeux.
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débarbelé

«est-ce que tu vas la percer ma barricade
j'attendais la dynamite, le TNT, le plastic et mourir.
c'est à la pelle et à la pioche, avec tes mains démaçonneuses que tu fends mes pierres
que tu sectionnes mes barbelés
doucement, une à une
des pierres tu fabriques une fontaine
des barbelés tu fais des tuteurs pour les tournesols que tu as semés dans ma tête
tu me dessines un jardin de souvenirs
pour que les souvenirs soient beaux
pour que je ne m'y cogne plus, ne m'y déchire plus en passant par-dessus mon cœur
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NYC-première

te rends-tu compte de ce que tu

passés la frontière

moi. ni seul ni K.O. ni autre. toi

même la police-sourire nous a laissés partir

« now that’s what I’m talking about ! », disait la narratrice

et le barman-« that’s on me » qui a arrosé de rouge sang « el fuego »

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Annie-Claude

qu’est-ce que je te veux ?

je ne t’ai jamais appelée par ton nom.

toi, une fois tu as dit le mien, et je ne t’ai pas entendue.

tu me donnes tout, tu t’attaches et tu te retiens de m’en dire plus, et moi je ne dis rien.

pas un crisse de mot.

moi, je me bloque. moi, j’ai l’amour mort, je l’ai tué le salaud. l’estie d’amour j’ai fait passer un troupeau de bisons dessus.
je ne lui ai pas fait de sépulture, je l’ai câlissé aux vidanges avec les restes de chez McDo. avec toutes les cordes du monde pour ne plus m’attacher.

qu’est-ce que je pense, moi, au fond ? et même en superficie ?

Ah! mais c’est que j’ai arrêté de penser, moi, avec l’âme en cirrhose.
j’ai mis une plogue à mon âme. j’ai arrêté de ressentir.

sauf du mal. du mal de mort.

et voilà que toi tu t’amènes sur le bord de ma vie que tu cherches à percer. toi et tes yeux de chatte circassienne.
tes yeux jaune-bleu-vert que j’aime regarder pour eux-mêmes plus que pour lire en toi, ce qui en dit long sur leur beauté.
toi et ton rire qui me fait capoter. et ton sourire de soleil le matin.
toi et ton corps d’alchimiste je n’en dis pas plus, tu fabriques de l’or et je suis riche plus que Bill Gates.
toi et tes carnets, et tes écrits qui m’empoignent, même ton vieux blogue que j’ai découvert sans que tu m’en parles — mais qui es-tu donc ?
et tes aquarelles et même le dessin des chats laids. toi et tes photos et même celles de moi que je ne veux pas voir. ne fais pas l’artiste modeste.
toi et ton incertitude, et ta lucidité de dix ans de plus que ton corps.
toi qui m’as connu et voulu pour ce que je suis et pas pour ce que je fais ou ce que j’ai.
toi qui me prends même avec mes cicatrices de corps et de cerveau. celles d’un fou autolobotomisé.
toi et ta douceur de femme, toi-plume.

tu veux faire une faille dans ma forteresse de mauvaises herbes, dans mon blindage de porte de banque vide.
moi, je te laisse faire, comme un gardien de sécurité pourri, mais tu le sais. tu sais comme moi l’avenir qui menace.
et toi et moi.

mais moi je dis : je ne le connais pas le maudit avenir que je pensais connaître. Les certitudes, les prévisions, c’est bon pour un film de série B, de séries nulles.
comme d’ailleurs la philosophie autre que quatre mots : on ne sait rien.

ce que tu m’apportes?
le nouveau le présent la vie du bien. du gros crisse de bien. tu me combles tous mes creux.

j’suis bien avec toi, c’est tout ce que je te veux.

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ne sais pas.

moi maintenant je suis comme toi?
seul. vide. ombre. ne sais pas.
peut-être que l’alcool.
ou les souvenirs.
je ne sais pas.
moi maintenant je suis hors de moi.
seul. vide. froid.
je ne sais pas.
moi maintenant je ne suis pas maintenant.
quand ? je ne sais pas.
moi maintenant je ne suis pas ici.
je suis là mais où? je ne sais pas.

toi et moi ça fait lumière. ça fait ici. ça fait maintenant.
ça fait du bien.

mais tu n’y es pas.

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marques

dynamiter les lèvres. être perforé de fragments de sourires.
les corps. pendus aux âmes qui s’encordent. se violentent. pour s’étaler sous la peau. l’un. l’autre.
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Le chat sur ta tête

je tombe là-bas dans le lit qui te cherche
pour mettre mes yeux en crépuscule et te revoir à l'horizon
cette nuit je migre — je serai un chat sur ta tête
et piétinerai ton insomnie pour que tu me rejoignes
dans le songe sous les étoiles
•
•
j'assisterai aux aubes des yeux dans les matins à toute heure
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Toute la Circassie dans ce regard.

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à l’insu

cette nuit j’ai rêvé que tu

ta main sur moi

entrais chez moi alors que je dormais

tes effleurements

mettais ta tête dans la moulure de mon cou

tes chevauchements

glissais tes doigts de mes épaules à mes paumes

tes relâchements

respirais tes murmures doucement à mon oreille

mes relâchements

était-ce un songe, ce fruit de ma mémoire ?

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